L’instituto Inhotim : une splendide collection d’Art contemporain dans un jardin extraordinaire !

Lundi 2 & mardi 3 janvier

Après une dernière matinée tranquille à Porto Seguro, nous quittons la ville par le bus de 16h30 à destination de Belo Horizonte. Comme nous avons opté pour une classe supérieure – leito – nos fauteuils sont particulièrement confortables ! Le trajet se déroule sans problème, quoique nous trouvions le revêtement des routes particulièrement dégradé, ce qui oblige les véhicules à rouler très lentement – pas plus de 50km/h – d’autant qu’il n’y a pas d’autoroute. D’autre part, on note une circulation assez dense – des camions surtout, souvent très longs – certains possèdent même sept essieux. Heureusement, le chauffeur est prudent et les pauses sont régulières. Néanmoins, mardi matin, on comprend que l’on ne sera jamais à Belo Horizonte à 9h40, comme prévu. Les heures passent au ralenti, en plus des travaux engendrent de gros ralentissements. On en arrive à la conclusion que plus on avance, et plus Belo Horizonte s’éloigne… Finalement, à 16h30 nous entrons enfin dans la gare routière tant espérée – soit très exactement 24h après notre départ de Porto Seguro !

Une fois les bagages récupérés, Gérard file immédiatement acheter nos prochains billets de bus, puis d’un coup de taxi, nous rejoignons rapidement l’hôtel. Comme de toute façon il est trop tard pour entreprendre la visite de la ville – qui a priori n’est pas incontournable – nous nous reposons un moment avant d’aller diner. Le quartier dans lequel nous nous trouvons n’étant guère engageant, dès nos sushis avalés, nous rentrons sans trainer : demain nous attend un évènement que nous prévoyons depuis longtemps, et qui a principalement motivé cette étape à Belo Horizonte : la visite de l’Instituto Inhotim, un musée en plein air consacré à l’Art contemporain


Mercredi 4 janvier

Sitôt le petit-déjeuner avalé, nous nous nous rendons – toujours en taxi – à la gare routière où nous prenons à 8h15 un bus spécialement affrété pour le musée. Après 1h15 de route, nous parvenons à bon port : à nous la découverte du plus grand centre d’art contemporain à ciel ouvert du monde !

Rien que pour parvenir à la billetterie, nous remontons une belle allée arborée pendant une dizaine de minutes. D’emblée le ton est donné : nous savons que nous allons beaucoup marcher – le parc fait 140 hectares – et ce sera dans un cadre sublime !

Le musée est une institution brésilienne privée conçue par Bernardo Paz, un homme d’affaires travaillant dans le secteur minier. Inhotim est le nom d’une communauté d’environ 70 familles qui vivait sur le site actuel de l’Institut avant qu’ils ne cèdent leurs terrains au début des années 2000. Le projet a été lancé dans les années 1980, mais le musée n’a ouvert ses portes au public qu’en 2006. Depuis, chaque année, plus d’un demi-million de visiteurs arpente allées et sentiers pour découvrir non seulement des sculptures et des œuvres d’art, mais également de splendides spécimens botaniques…  



A l’entrée, on récupère un plan bien pratique qui nous permet de repérer facilement les trois parcours proposés. Évidemment, l’objectif est de tout voir – malheureusement, ce sera impossible tant le site est vaste ! D’ailleurs, les découvertes sont si riches que l’on ne peut zapper de l’une à l’autre sans s’y attarder… Ci-dessous, œuvre de Yayoi Kusama


Ainsi, nous passons d’œuvres d’Art exposées en plein air, à des galeries abritant tableaux, vidéos et parfois même expériences sensorielles, le tout disséminé dans une jungle luxuriante oiseaux (ci-dessous : carouge à calotte rouge et  moucherolle aquatique), arbres et fleurs captent également notre attention à chaque pas…



Et c’est parti pour une balade en images de ce splendide et unique musée qui, à nos yeux, justifie le déplacement au Brésil ! Ci-dessous, œuvres de Hélio Oiticica et Edgard de Souza



Non loin, la Galerie Lago expose des œuvres de Panmela Castro, Larissa de Souza, Pedro Neves, Antonio Oba, Zhé Palito et Moisés Patricio. Des toiles qui, incontestablement, interpellent le visiteur…




Pour rejoindre les pavillons suivants, nous grimpons le long d’un large chemin boisé – oui, rien n’est plat par ici – mais également bien fleuri, doté de nombreux palmiers, où nous apercevons même des bananes roses !




Nous parvenons ainsi à la Galerie Miguel Rio Branco qui se caractérise par son absence de lumière naturelle. Ainsi, le caractère dramatique de la production de l’artiste est mise en évidence par la projection d’images sur des draps en mouvement. Surprenant et esthétique !



Au terme d’un sentier bien pentu, nous découvrons la Galerie Claudia Andujar dont le bâtiment constitue lui-même une œuvre architecturale remarquable ! L’espace rassemble plus de 400 œuvres de la photographe suisse basée au Brésil, qui de 1950 à 2010 a photographié l’univers Yanomami, un peuple indigène vivant au nord de la forêt amazonienne. Des clichés émouvants… Également une image retraitée en rouge d’un case commune ; on peut y percevoir la destruction de la forêt amazonienne qui, à terme, tend à faire disparaitre les peuples qui y vivent (interprétation personnelle).




Au sommet du domaine – on a bien transpiré à parcourir les 500 derniers mètres de grimpette – la Galerie Doug Aitken est le résultat d’un processus de cinq ans de recherche et de conception pour parvenir à la construction de la très surprenante œuvre Sonic Pavilion. Ainsi, au centre de l’espace, il y a un trou de 202 mètres de profondeur, à travers lequel passe un ensemble de microphones pour capter les sons de la terre. Transmis en temps réel, les bruits émis occupent tout l’environnement. Le verre de la galerie est recouvert d’un filtre qui rend le paysage clair lorsqu’il est vu de face et flou lorsqu’il est observé sous n’importe quel autre angle.

Dernière étape, et non des moindres, de ce premier parcours, la Galerie Matthew Barney expose, à l’intérieur d’un dôme géodésique en acier et en verre, un tracteur qui tient dans ses « griffes » un arbre arraché, symbole de la déforestation massive et également message qui souligne les préoccupations environnementales actuelles.



Sans trop trainer, nous dévalons le chemin pour rejoindre le second parcours : il est bientôt midi, et il nous reste encore de nombreuses parties du musée à explorer. Nous mettons donc le cap sur la Galerie True Rouge, installée au bord d’un petit étang. Conçue par l’architecte Paulo Orsini, cette galerie abrite une œuvre créée en 1997 par Tunga, un des artistes les plus célèbres du Brésil. On découvre ainsi des conteneurs suspendus, dans des positions irrégulières, rappelant l’univers d’un laboratoire. À l’intérieur de chaque morceau de verre se trouve un liquide rouge qui, selon l’inclinaison, se répand sur d’autres récipients. Là encore, on reste assez interloqués par une telle réalisation qui nous plonge dans un bain d’hémoglobine !



Juste à côté, la Galerie Mata expose plusieurs œuvres d’Abdias Nascimento, un homme politique brésilien et un militant anti-racisme, écrivain, peintre, acteur, faisant valoir ses origines africaines, ainsi que celles de plusieurs de ses compatriotes. A côté de nombreux documents qui témoignent de cet engagement, sont exposées des toiles d’artistes qui suivent sa mouvance intellectuelle. Ici encore, on ne peut rester insensible devant leur travail… Ci-dessous, œuvres d’Abdias Nascimento, Julya Van Rogger, Ignacio Rodrigues, Leroi Callwell Johnson, Ivan Serpa et Iara Rosa.




Après ce bain d’Art et un déjeuner pris sur le pouce pour ne pas perdre de temps – acarajé et petite tartelette à la garniture non identifiée – la balade se poursuit au milieu d’une végétation luxuriante… Pour nous, c’est aussi la première fois que nous observons des arbres pata-de-elefante – facilement repérables à leur tronc – ainsi que des coités, des fruits à la coque si dure que l’on s’en sert pour fabriquer des vases ou des instruments de musique.   







Nous enchainons ensuite avec le dernier circuit, le plus long. Plutôt que de courir et de passer à côté de petites merveilles, nous décidons de le tronquer et de n’en parcourir que la moitié. Nous commençons par visiter la Galeria Adriana Varejão, installée dans un bloc de béton un peu austère réalisé par l’architecte Rodrigo Cerviño. Heureusement, une belle pièce d’eau teintée agrémente le site ! A l’intérieur, sont exposées les œuvres d’Adriana Varejão, pour la plupart des azulejos de grande taille, revisités dans un style qui allie l’ancien et le contemporain.



Un peu au-dessus de cette galerie, nous passons devant une sculpture de Dominique Gonzalez-Foerster qui reproduit des arrêts de bus en béton. Certes l’œuvre est particulière et pas forcément esthétique, mais c’est justement ce qui nous plait dans ce musée en plein air où tous nos sens sont en permanence bousculés ! 


Alors que nous attaquons une belle grimpette pour rejoindre un autre pavillon, nous sommes surpris – et trempés – par une grosse pluie tropicale. Mais cela ne nous arrête pas, et nous continuons notre balade, et découvrons au passage le kaléidoscope géant d’Olafur Eliasson.


Au loin, les sommets de collines se perdent dans la brume, tandis qu’au sol, Gérard repère deux sicales bouton d’or et un gros oiseau que nous ne connaissons pas, le cariama huppé qui possède de superbes yeux cernés de bleu ! Et nous sommes toujours entourés par cette végétation exubérante et surprenante, comme ces plantes qui semblent marcher sur l’herbe



Après être restés un long moment dans la Galerie Galpão qui abrite une expose audiovisuelle surprenante relatant les procès de Staline en 1937 – et impossible à photographier – nous redescendons, toujours sous la pluie, jusqu’à la Galerie Psicoativa Tunga. Elle expose un large panorama de la production de Tunga, mais ce qui nous a peut-être le plus surpris, c’est le fond sonore : un lancinant « que c’est triste Venise » dont les quatre mots sont repris à l’infini dans différentes tessitures de Charles Aznavour. Jamais je n’aurais imaginé un jour avoir l’envie de faire taire ce grand artiste !



Un peu plus bas, la Galerie Valeska Soares ne nous emballe pas plus que ça, mais, une fois n’est pas coutume, elle nous sert de cadre à un selfie pluvieux !


Nous nos dirigeons ensuite vers un lac que la pluie rend encore plus vert qu’à l’ordinaire : c’est magnifique ! Et malgré l’averse qui ne cesse pas, on prend tout notre temps pour observer les différents palmiers





Sur la rive opposée, un espace dédié aux orchidées dévoile de superbes spécimens…



Après avoir de nouveau longé la rive du lac en sens inverse, nous remontons ensuite vers une petite église noyée dans la verdure où nous croisons un bel écureuil du Brésil… Je me répète, mais ce parc est vraiment incroyable en terme de diversité !



Après quelques minutes de marche, nous tombons sur la Galerie Lygia Pape, sorte de blockhaus dans lequel je peine à rentrer tant il y fait sombre. Il aurait toutefois été dommage de rater Ttéia 1C une œuvre de Lygia Pape dont la réalisation est le résultat d’expériences que l’artiste a commencées en 1977 avec ses étudiants à partir de l’observation des toiles d’araignées dans la nature… Une fois de plus, on est bluffé par le rendu de cette création très originale !


Il est presque 15h30, et nous décidons alors de retourner vers la partie centrale du domaine. Le sentier qui nous y mène nous plonge une fois de plus dans une végétation dense où nous croisons quelques belles roses de porcelaine – aussi appelées bâtons de l’empereur



Allez, encore quelques dizaines de pas et nous rejoignons la Galerie Praça, l’une des galeries les plus visitées d’Inhotim car elle se situe à l’intersection des trois parcours proposés. Nous survolons rapidement les expos intérieures – même si l’installation sonore Forty Part Motet de Janet Cardiff aurait mérité que l’on y reste plus longtemps – et après un coup d’œil aux muraux extérieurs réalisés par John Ahearn & Rigoberto Torres et un autre aux trois coccinelles colorées, nous prenons le temps de nous poser un moment au bord du lac. Gérard, qui ne tient pas en place, parvient tout de même à observer deux beaux oiseaux (le premier est un bruant chingolo, et pour le second, son identification est actuellement en cours) !






Cette journée à l’Instituto Inhotim s’achève à 16h30, heure à laquelle les portes du parc ferment. Il est temps pour nous de remonter dans le bus et quelques minutes après son départ, nous piquons du nez, ravis mais un peu fatigués par cette journée qui a été riche en émotions – et accessoirement qui nous a fait parcourir une quinzaine de kilomètres à pied, sur un terrain pas plat du tout ! Un seul regret : ne pas avoir prévu une seconde journée de visite !


  • INFOS PRATIQUES
  • Arriver à Belo Horizonte depuis Porto Seguro : plusieurs bus possibles, nous avons opté pour un départ à 16h30, avec une arrivée théoriquement prévue à 9h40 – en réalité, nous sommes parvenus à destination à 16h30 ! 93€ par personne en leito (très confortable), résa via Busbud
  • Logement : Hotel Gontijo Belo Horizonte, bien situé à 5mn de taxi de la gare routière mais quartier peu engageant (éviter de sortir après 19h, tout est fermé). Bon petit-déjeuner, wifi correct. 21€ la nuit en chambre double avec salle de bain, clim et petit-déjeuner. Résa via Booking.
  • A voir / A faire :
    • Nous sommes venus à Belo Horizonte principalement pour visiter l’Instituto Inhotim, situé à environ 1h15 de route du centre-ville (bus Saritour, départ 8h15 de la gare routière, retour 16h30 du musée, R$98 l’AR par personne). L’Instituto Inhotim est un immense musée en plein air, prévoir la journée pour en voir une grande partie (à condition de bien marcher), y venir deux jours aurait été une bonne idée ! Ouvert 9h30-16h30, fermé le lundi et le mardi (sauf en janvier, ouvert le mardi, se renseigner sur leur site car jours d’ouverture assez fluctuants), R$50 / R$25 pour les plus de 60 ans, possibilité de prendre un forfait transport (en voiturette de golf sur certains chemins, on a regretté de ne pas l’avoir pris, on aurait pu boucler les 3 circuits). Sur place, restaurants, cafés, wifi.
  • Quitter Belo Horizonte pour Ouro Preto : bus fréquents, environ 2h30 de trajet (réel, annoncé 1h50), R$50 par personne. Achat directement à la gare routière.

Une réflexion au sujet de « L’instituto Inhotim : une splendide collection d’Art contemporain dans un jardin extraordinaire ! »

  1. Salut les brésiliens,
    Le plus beau reste quand même ce magnifique selfie de vous deux sous la pluie (on parle de la coupe de cheveux de Gérard… ou pas ?).
    Magnifique ce musée d’art moderne en pleine nature qui nous rappelle un peu le Mona de Hobbart, la nature en moins.
    Les oiseaux sont magnifiques (quoique anonymes pour certains) et les plantes sont aussi superbes. Bravo au photographe et à la rédactice pour ce passionnant reportage.
    A bientôt,
    La team Topette !

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s