Au cœur de l’histoire anglo-normande, de Pevensey à Rye, en passant par Battle et Hastings…

Lundi 30 mai

Malgré une météo incertaine – ciel nuageux et risques de pluie – nous partons à vélo vers 9h et descendons à Bexhill. Là, nous récupérons la National Cycle Route 2 et pédalons vers l’ouest, jusqu’à Pevensey. Le parcours n’est pas désagréable car nous évoluons en permanence sur de petites routes peu fréquentées. L’objectif de la matinée étant la visite du Château de Penvensey, nous nous rendons tout de suite sur le site qui, à l’origine, abritait un fort romain – Anderitum –construit vers 290 après JC. On voit d’ailleurs encore très bien l’enceinte de pierre qui encerclait cette place forte… A l’époque, la mer était toute proche – elle est désormais à 2km de là – et une lagune de marais servait de protection naturelle contre les envahisseurs.



A la fin de l’occupation romaine, le fort tombe en ruine. Il est récupéré en 1066 par les Normands, pour qui il devient un rempart stratégique clé. En effet, c’est précisément ici que Guillaume le Conquérant débarque avec ses hommes le 28 septembre 1066 dans le but d’envahir l’Angleterre, et tous passent la nuit dans l’ancien fort avant de se diriger, le lendemain, vers Hastings comme nous le racontent certains motifs de la tapisserie de Bayeux.   



Une fois le royaume conquis, Guillaume le Conquérant fait ériger un nouveau château à l’emplacement même du fort romain d’Anderitum – c’est d’ailleurs le premier château normand construit en Angleterre – et confie les travaux à son demi-frère Robert de Mortain.



Le château est assiégé plusieurs fois entre les XIe et XIIIe siècles. Au fil des siècles, il tombe peu à peu en ruine – Élisabeth I envisage même de le faire raser. Pourtant, la forteresse est régulièrement utilisée, notamment en 1588 pour se protéger d’une attaque de l’Armada espagnole, ou encore en 1942, lorsqu’il est dévolu à l’observation des raids aériens allemands au-dessus de la Manche.


Même si de nos jours, il ne reste que quelques murs, nous avons beaucoup apprécié cette visite, d’autant que les sites d’English Heritage sont toujours bien fournis en panneaux explicatifs. Et merci au bénévole, ancien professeur de Français, qui a complété cette instructive découverte !



Le retour se fait par le même chemin, toujours sous un ciel gris et bas qui ne nous incite pas à trainer. Du coup, on rentre déjeuner tardivement au camping-car, et on n’en bouge pas de l’après-midi !

Mardi 31 mai

Beau ciel bleu ce matin – ça ne va pas durer ! – et grand vent ! A force de parler du temps, j’entends déjà certains commentaires railleurs… Pourtant, avec notre mode de vie au grand air – camping, déplacements à vélo – c’est un sujet que l’on ne peut ignorer si l’on veut profiter sereinement du voyage ! C’est pourquoi Gérard examine soigneusement les prévisions météo afin de déterminer les meilleures conditions de balade. Et en bord de mer, la marée a également une incidence non négligeable sur la couleur du ciel…

Nous partons donc vers 9h30 à vélo en direction du front de mer de Bexhill que nous n’avons pas encore eu le temps d’observer de près. Il est très agréable de se déplacer sur la piste cyclable qui borde la plage – piste cyclable inaugurée en 1902 quand Bexhill comptait parmi les stations balnéaires les plus chics du pays !




La voie dédiée aux vélos et aux piétons se poursuit ainsi jusqu’à Hastings, sur plus de 9km.




Célèbre pour avoir donné son nom à la bataille d’Hastings – qui, en réalité, s’est déroulée à quelques kilomètres du bord de mer – c’est désormais une station balnéaire depuis le milieu du XVIIIe siècle. Nichée au pied de deux hautes falaises que l’on peut rejoindre en funiculaire, la ville a également été l’un des principaux ports de pêche anglais. Une expo à ciel ouvert présente quelques chalutiers anciens. Juste à côté, de très hautes cabanes noires nous intriguent mais un bénévole nous apprend qu’il s’agit d’anciens séchoirs à filets de pêche, avant l’utilisation du nylon.




Non loin, plusieurs trains miniatures à vapeur transportent les visiteurs, nombreux en cette semaine de Jubilé. D’un point de vue technique, ces machines sont des modèles réduits vraiment superbes, et on passe un long moment à observer les manœuvres – il y a même un aiguillage tournant qui permet aux locomotives de changer de sens, comme les tramways de San Francisco !




Après s’être posé dans un petit resto pour un traditionnel fish & chips, nous prenons de la hauteur en pédalant jusqu’au sommet de la colline ouest : digestion assurée après cette belle grimpette ! De ce belvédère naturel, on bénéficie d’une très jolie vue sur la ville en contrebas.




Il ne nous reste qu’à prendre notre courage pour rentrer car maintenant, nous prenons en pleine face le vent qui nous avait gentiment poussé à l’aller…

Mercredi 1er juin

Exceptionnelle journée de randonnée, d’Eastbourne aux Seven Sisters : nous avons donc consacré un article complet sur cette balade qui nous a fait parcourir en une vingtaine de kilomètres à travers de sublimes paysages !

Jeudi 2 juin

Même pas fatigués par notre grosse rando de la veille – levés à 4h30, vélo & train, puis marche de 6h30 à 12h30, soit 20km pour 600m de dénivelé positif cumulé ! – nous partons à vélo vers 9h pour Battle. Cette fois, point de piste cyclable – il n’y en a vraiment que sur la côte – mais nous pédalons pendant une dizaine de kilomètres sur des routes assez peu fréquentées. Ici s’est déroulé la fameuse bataille d’Hastings, le 14 octobre 1066. Bataille qui opposa le dernier roi anglo-saxon d’Angleterre, Harold Godwinson, au duc de Normandie Guillaume le Conquérant, lequel remporta une victoire décisive.


Évidemment, pour nous, il est difficile d’appréhender le réel impact historique des lieux car nous n’avons qu’un champ peuplé de moutons sous les yeux !


Heureusement, le site est émaillé de nombreux panneaux informatifs, et le Visitor Center géré par English Heritage apporte le complément, avec une petite expo et un film. Comme à Pevensey, plusieurs fragments de la tapisserie de Bayeux sont reproduits, nous éclairant ainsi sur le déroulé de l’action.





La bataille dura du matin jusqu’au soir du 14 octobre. Postées au sommet de la colline de Caldbec, les troupes anglaises résistèrent aux premiers assauts ennemis derrière leur mur de boucliers. Les Normands eurent alors recours à une ruse : l’aile gauche feint de fuir avant de se retourner sur les Anglais lancés à leur poursuite. L’armée anglaise finit par céder après la mort d’Harold, et la victoire revint ainsi à Guillaume. Même si la conquête normande de l’Angleterre ne fut véritablement achevée que plusieurs années plus tard, la bataille d’Hastings marqua un tournant dans l’histoire de l’Angleterre, dont elle inaugura la période anglo-normande.



Plus parlant d’un point de vue visuel, nous visitons également les ruines de l’Abbaye de Battle, édifiée à partir de 1070, à la demande du pape Alexandre II qui ordonna aux Normands de faire pénitence pour avoir tué tant de gens en conquérant l’Angleterre. Aussi Guillaume s’engagea-t-il à construire une abbaye là où la bataille d’Hastings avait eu lieu, avec le maître-autel de son église à l’endroit même où le roi Harold était tombé.





Remaniée à la fin du XIIIe siècle, l’église fut en partie détruite lors de la dissolution des monastères sous le règne du roi Henri VIII. Largement pillée pour servir de matériaux de construction, certains bâtiments furent tout de même été vendus pour être transformés en résidence, et aujourd’hui encore, une école privée occupe une bonne partie des lieux – et donc ne se visite pas !



Néanmoins, la partie ouverte au public est suffisamment importante pour que l’on puisse s’imprégner des lieux, et on passe plus d’une heure à arpenter ruines et jardins – dans lesquels une stèle commémorative installée en 1903 par une association française normande rappelle la bataille d’Hastings.  



Après un dernier tour dans la petite villetrès animée en ce premier jour férié de Jubilé – nous rentrons au camping pour le déjeuner. Encore une belle visite… et une de plus !




Vendredi 3 juin

Et hop, encore un petit lever à 6h30, ce qui nous permet d’attraper sans nous presser le train de 8h15 pour Rye ! Une fois de plus, c’est pour éviter la foule – qui s’annonce compacte en ce jour férié – que nous partons si tôt : en effet, la petite ville médiévale, considérée comme l’une des plus belles d’Angleterre, vit maintenant principalement du tourisme. Évidemment, en arrivant à 8h45, nous sommes peu nombreux à nous balader dans les ruelles pavées… 





L’histoire de Rye est intimement liée à la mer, même si celle-ci se situe désormais à 3km du bourg. En 1191, la ville était associée aux Cinque Ports, une ligue maritime du Kent et du Sussex établie par Edouard le Confesseur afin de fournir navires et hommes pour la défense du royaume. 


Nous commençons par monter jusqu’à St Mary’s Church, construite au XIIe siècle, qui possède une curieuse horloge dont le pendule de 5.50m se balance au milieu de l’édifice !




Puis nous suivons Mermaid Street, LA rue de Rye à ne pas manquer, dans laquelle le Mermaid Inn accroche le regard. Datant du XIe siècle – mais rénovée au XVe siècle – cette auberge est l’une des plus anciennes du pays et servait autrefois de repaire aux brigands. L’ambiance a bien changé depuis ! D’ailleurs, on peine à croire que cette jolie ruelle pavée était il y a deux siècles encore une artère à éviter, véritable coupe-gorge pour qui osait s’y aventurer !





Le centre historique étant vraiment de taille réduite, nous en faisons plusieurs fois le tour, à petite vitesse… 








Après presque deux heures de tranquille déambulation, nous prenons un café vers le port, envasé pour cause de marée basse.


Nous avions prévu de poursuivre la découverte des lieux avec une balade à pied d’une dizaine de kilomètres vers Camber Castle et Winchelsea. Mais ayant pas mal enchainé les réveils aux aurores et les sorties depuis une semaine, nous commençons à accuser une certaine fatigue. Du coup, nous renonçons à cette rando – ce sera pour une prochaine fois, si nous revenons dans les parages – et préférons rentrer pique-niquer à Bexhill. Après un dernier tour en bord de rivière pour voir un moulin transformé en bed & breakfast, nous retournons à la gare de Rye, et là, nous comprenons qu’une fois de plus, nous avons bien fait de nous lever tôt pour visiter la ville à contre-courant car maintenant, il y a foule !


De retour à Bexhill, nous croisons un curieux équipage qui célèbre le Jubilé ! Et au camping, comme tout le monde a sorti les drapeaux, nous aussi hissons les couleurs avec nos propres drapeaux européen, canadien & québécois, sans oublier celui de la Reine…


De fortes pluies étant annoncées pour tout le week-end, nous allons en profiter pour lever le pied et nous accorder deux jours complets de repos ! Dimanche, je publierai l’article consacré à notre splendide rando de mercredi, d’Eastbourne aux Seven Sisters. Et lundi, nous quitterons Bexhill pour rejoindre Folkestone, la dernière étape de notre périple anglais


  • INFOS PRATIQUES
  • Accès en Angleterre par Eurotunnel Le Shuttle au départ de Calais, et arrivée à Folkestone. Traversée rapide de 35mn, se présenter au terminal une heure avant l’embarquement pour effectuer les formalités de douane. Tous nos documents ayant été enregistrés avant le départ, l’accès au terminal est rapide et se fait grâce à la lecture de la plaque d’immatriculation (il suffit juste de confirmer sur une borne les infos). De même, les contrôles de personnes et de véhicule sont vite accomplis. Temps de traversée : 35mn. Tarif : 360€ l’AR, avec date et horaire définis. Plus on réserve à l’avance, et meilleur est le tarif ! On recommande Eurotunnel car le service fonctionne même en cas de tempête, et les navettes ferroviaires sont plus écolos que les ferrys.
  • Cobbs Hill Farm, comme son nom l’indique, un camping à la ferme agréable, situé à 4km du front de mer (accès à vélo possible par la route qui se trouve de l’autre côté du rond-point ; Google map ne la repère pas car les premiers mètres sont en terre). Emplacements stabilisés ou sur herbe (au choix), sanitaires corrects et accueil sympa ! Pas de wifi, 4G correcte. Laverie. 23£ la nuit, électricité comprise (tarifs juillet-août et périodes fériées).
  • A voir / à faire au départ Bexhill-on-Sea :
    • Voir notre article sur Brighton, où nous sommes allés samedi dernier, une très belle journée de visite et de balade à vélo !
    • Voir notre article sur notre superbe rando vers les 7 Sisters
    • Visite du Château de Pevensey, 10h-17h (en mai), 7£ / 6.30£ pour les seniors, entrée incluse dans le English Heritage Pass, prévoir une heure sur place, audio-guide gratuit. Accès à vélo depuis le camping, via le front de mer de Bexhill, 35km AR, 110m+, itinéraire agréable qui suit en grande partie la national cycle route 2.
    • Balade à Bexhill et à Hastings à vélo depuis le camping via le front de mer, 25km AR, 100m+, un parcours très agréable qui suit la plage la plupart du temps. A Bexhill, agréable front de mer avec encore de nombreux bâtiments datant de l’époque victorienne. A Hastings, ne pas louper l’ancienne ville avec la petite expo d’anciens chalutiers et les trains miniatures. Monter sur la colline ouest offre une belle vue sur la ville basse.
    • Visite de Battle Abbaye, 10h-17h (en juin), 15£ / 13.50£ pour les seniors, entrée incluse dans le English Heritage Pass, prévoir 2h sur place, audio-guide gratuit. Accès à vélo depuis le camping, via des routes assez peu fréquentées, 20km AR, 250m+
    • Balade à Rye, jolie petite ville médiévale, ne pas hésiter à en faire plusieurs fois le tour en empruntant des ruelles différentes, prévoir au moins 2h sur place. Accès depuis le camping à vélo jusqu’à la gare de Bexhill, 8.5km AR, 100m+ / train Bexhill => Rye, 1 connexion par heure, trajet de 30mn environ, 8.80£ AR off peak (week-end et jours fériés toute la journée, et semaine après 10h), un poil plus cher en rush hour.

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