Après notre été au vert à Clerval, dans le Doubs, nous mettons le cap sur l’Allemagne. Alors que nous pensions passer plusieurs semaines à sillonner la Bavière et l’Autriche, une panne moteur sur le camping-car nous immobilise plusieurs jours à Murnau am Staffelsee. Mais une fois repartis, c’est désormais la météo fraiche et pluvieuse qui nous fait rechercher des contrées plus amicales. Nous filons donc en Italie et nous nous posons à Aquileia, un gros village situé entre Venise et Trieste, à une encablure des côtes de l’Adriatique. Un arrêt déniché par hasard… où nous restons deux semaines tant nous apprécions les multiples visites culturelles et balades à vélo ! On a même eu le plaisir d’être rejoints par nos amis Evelyne et Gilbert avec qui nous partageons d’excellents moments…
Du mardi 9 au jeudi 25 septembre
Sitôt installés au camping Aquileia, et malgré un ciel bien gris, nous sautons sur les vélos pour faire un premier tour des environs. D’emblée nous sommes conquis par cette ancienne colonie romaine fondée en 181 avant JC dont les ruines nous rappellent qu’Aquileia, capitale de la Regio X Venetia et Histria, fut une des villes les plus importantes de l’Empire – on estime à 100.000 le nombre d’habitants à l’époque, contre à peine 3.000 aujourd’hui. Le site abrita également dès le IVe siècle un grand foyer du christianisme comme en témoigne la magnifique basilique Santa Maria Assunta. On découvre aussi que la région est sillonnée par de nombreuses pistes cyclables, idéales pour entreprendre de belles balades dans la lagune ! Mais comme la pluie menace, nous préfèrons rentrer nous mettre à l’abri et concocter le programme des jours à venir…
- Camping Aquileia, situé à la sortie du Bourg, à 10mn à pied de la basilique et des commerces de proximité (supermarché, bougerie, tabac, restaurants, glacier, laverie à 5mn du camping…). Bus pour Grado, Udine, Gorizia. Grands emplacements, belle piscine, sanitaires propres, wifi gratuit. Accueil sympathique. Un seul bémol : les moustiques, agressifs et nombreux, prévoir du répulsif ! 26.80€ la nuit pour 2 personnes, un camping-car, l’électricité et les taxes, avec ACSI.
- Accès libre aux ruines du port fluvial (9h-19h), entrée à 100m du camping, sortie vers la basilique (ou vice-versa). Accès libre également aux ruines du forum (9h-18h, fouilles en cours, on a juste observé de l’extérieur mais nombreuses bâches et outils donc pas de photos !).








Les fabuleuses mosaïques de la basilique Santa Maria Assunta !
Centre spirituel de l’ancien patriarcat d’Aquilée, cette basilique a joué un rôle essentiel dans l’évangélisation d’une grande partie de l’Europe centrale au début de Moyen Âge. Ses vestiges les plus anciens remontent au IVe siècle, mais l’actuel édifice date des XIIe et XIIIe siècles. Construite sur d’anciennes structures romaines à partir de 313, la basilique possède un sol presqu’entièrement recouvert de mosaïques, sur une surface de 760m2, ce qui en fait la plus ancienne mosaïque chrétienne et surtout la plus grande d’Occident. Découvertes en 1909, ces mosaïques réalisées au IVe siècles ont été couvertes par un revêtement en argile au XIe siècle, une protection qui explique leur parfait état de conservation. Une visite exceptionnelle qui n’est pas sans nous rappeler l’émotion ressentie à la Villa romaine du Casale, en Sicile…
- Basilique Santa Maria Assunta, 10h-19h d’avril à septembre (18h30 le samedi & 12h-19h dimanche et jours fériés) ; 10h-16h (parfois 18h) en basse saison (17h le samedi & 12h-17h dimanche et jours fériés), 10€ pour tout le complexe (basilique, cryptes, baptistère, Süd-Halle, domus), 5€ pour la basilique seule (intérieur et cryptes) ; prévoir 1h30 de visite. Attention, la visite de la Domus Tito Macro n’est pas incluse dans le forfait général et rien n’est précisé à la billeterie (+5.00€).





























Le Musée archéologique national d’Aquilée, une visite majeure !
Installé depuis 1882 à quelques pas de la basilique, le musée archéologique illustre sept siècles d’histoire de l’Aquilée romaine du IIe siècle av. JC au Ve siècle de notre ère ; c’est même l’un des plus grands musées du monde sur la civilisation romaine. Au fil des douze salles, nous découvrons une collection exceptionnelle de statues, monuments funéraires, pierres précieuses, ambres et pièces de monnaie d’Aquilée. Là encore, nous sommes impressionnés par l’état de conservation des objets, leur nombre et leur variété, notamment en ce qui concerne les fioles en verre, les outils liés à la cosmétique et la médecine ou encore les minuscules pierres précieuses gravées – si petites qu’une loupe est nécessaire pour voir le dessin !
- Musée archéologique national d’Aquilée, 10h-19h, fermé le lundi, réservation obligatoire le samedi et le dimanche, 9€ ; prévoir au moins 2h de visite et ne pas oublier, à l’extérieur, l’immense magasin qui abrite les pièces non exposées dans le musée.






































Encore de belles mosaïques au Musée national Paléochrétien…
Installé dans un ancien monastère de religieuses bénédictines fondé au VIIe siècle, ce musée archéologique abrite des objets datant de la période chrétienne d’Aquileia. Le plus impressionnant demeure le sol en mosaïques, mis au jour par des fouilles menées en 1961. Fouilles qui ont permis de découvrir que le monastère se dressait sur les vestiges d’une grande basilique édifiée vers 345. Une fois de plus, on ne peut que s’extasier devant les richesses culturelles dont a hérité Aquileia…
- Musée national Paléochrétien, horaires très restreints, 8h30-13h le samedi, de mi-avril à fin octobre, hors saison, possibilité de prendre rendez-vous pour la visite (du lundi au samedi), entrée libre. Attention, le musée est un peu excentré et se situe non loin du camping.






Ambiance balnéaire à Grado !
Située à une dizaine de kilomètres d’Aquileia et accessible par une belle piste cyclable toute plate, Grado se trouve dans une lagune qui compte environ 30 iles. Déjà habitée à l’époque romaine puis au Moyen-Age, c’est maintenant une ville à vocation balnéaire qui attire de nombreux vacanciers venus d’Autriche et d’Allemagne – et cela ne date pas d’hier car à la fin du XIXe siècle, c’était déjà l’une des stations les plus célèbres de l’empire austro-hongrois ! Pour nous, point de baignade mais plutôt la visite de la basilique Sant’Eufemia et une belle partie de mini-golf avec nos amis Evelyne et Gilbert !
- Accès à vélo à Grado depuis Aquileia, très facile, agréable piste cyclable bien séparée de la route (sauf les derniers 500m), 26km AR / ajouter 6km AR pour aller jusqu’à Pineta, toujours sur piste cyclable. Accès possible également en bus.
- Infos touristiques sur Grado (notamment suggestions d’itinéraires à vélo)
- Nombreux commerces, bars, glaciers et restaurants (on conseille la pizzeria Calypso, prix doux et parts de pizza gouteuses); grand marché le samedi (vers le Parco delle Rose et le minigolf)
- A visiter : la basilique Sant’Eufemia, 7h30-18h30, accès libre
- Minigolf, 11h-18h en septembre (sûrement plus tard en été, semble fermé hors saison), terrain agréable et bien entretenu,8€
- Bon à savoir : en saison, bateaux pour Trieste, Lignano et Aquileia.







L’ile de Barbana, un sanctuaire au milieu de la lagune…
Perdue au fond de la lagune, l’ile de Barbana se remarque par son clocher que l’on voit de loin… Pour y parvenir, une seule option : prendre le bateau qui part régulièrement du quai Scaramuzza à Grado ! Trente minutes plus tard, nous débarquons avec Evelyne et Gilbert sur la petite ile qui comporte principalement une église, un restaurant et un bâtiment accueillant en permanence une communauté de moines bénédictins. Le cadre est somptueux et on passe un bon moment à flâner dans le parc. Pour être honnête, on attend surtout que l’église se vide car en saison, les trois messes quotidiennes attirent de nombreux croyants. Il faut dire que nous sommes sur un lieu de pèlerinage quasiment millénaire ; en effet, un premier sanctuaire aurait été construit pour remercier la Vierge d’avoir sauvé Grado d’une terrible tempête, en l’an 582. Plus tard, en 1237, c’est une épidémie de peste qui aurait été éradiquée par la Madone, et en 1925, on lui attribue le sauvetage des marins de 56 navires de pêche coulés pendant une tempête. Depuis, chaque premier week-end de juillet, une procession composée de nombreux bateaux est organisée, un pèlerinage plus connu sous le nom de Perdòn de Barbana… Quant à l’église de l’ile, elle fut reconstruite à plusieurs reprise, la dernière édification datant de 1924. Bref, une visite charmante et incontournable quand on est dans la région !
- L’accès à l’ile de Barbana et à son sanctuaire se fait uniquement en bateau au départ de Grado, quai Scaramuzza. En saison, départs presque toutes les heures de 9h30 à 16h, retour entre 10h et 17h30 ; rotations moins fréquentes hors saison (un seul aller-retour quotidien le dimanche et les jours fériés, de novembre à mars), 10€ AR
- Prévoir au moins une heure sur place pour visiter l’église, la chapelle et flâner dans le parc ; on conseille le restaurant (prix doux, bons calamars, réservation recommandée en haute saison).








La lagune de Grado, un paradis pour les cyclistes !
Ce qui nous a immédiatement séduits en arrivant à Aquileia, c’est de découvrir les nombreuses possibilités de balades à vélo. Outre la piste cyclable Alpe Adria qui relie Salzbourg à Grado – véritable autoroute où l’on croise chaque jour des dizaines de cyclistes – et la FVG 2 qui va de Lignano Sabbiadoro à Trieste, d’autres itinéraires sont faciles à improviser, soit sur petites routes, soit sur pistes cyclables annexes.
- Notre boucle préférée, réalisée dans les deux sens : Aquileia / Grado / Réserve naturelle de la Valle Cavanata / Biotopo del Caneo / Fossalon di Grado / Fossavecchia / Palazzatto / retour à Aquileia par piste cyclable juste avant San Lorenzo, 53km, plat
- Pour une balade plus courte, on peut faire la boucle Aquiliea / Belvédère / Grado camping / puis retour par SP119 jusqu’au croisement de la piste cyclable qui rejoint Aquiliea (juste avant San Lorenzo), 20km, plat






A vélo jusqu’à la surprenante forteresse de Palmanova !
La piste cyclable Alpe Adria passant par Palmanova, nous décidons de nous y rendre à vélo. Jusqu’à Cervignano del Friuli, le trajet est simple et bien marqué. En revanche, passée cette première étape sans grand intérêt, nous pinaillons un peu pour trouver notre chemin, le fléchage étant plus que discret – finalement, ce sera plus simple au retour, et nous découvrirons un bel itinéraire tranquille. L’arrivée à Palmanova et l’entrée dans la ville par une porte ceinte d’une haute muraille, nous rappelle immédiatement Neuf Brisach, célèbre cité Vauban d’Alsace. Ici, le plan de base est ennéagonal – autrement dit à 9 côtés. Cette architecture particulière fut décidée en octobre 1593 par le surintendant de la République de Venise. Utilisant toutes les dernières innovations militaires du XVIe siècle, la petite ville, conçue par Vincenzo Scamozzi, apparait donc comme une forteresse en forme d’étoile à neuf branches. Entre les pointes de l’étoile, des bastions permettent à chaque pointe de défendre ses voisines ; un fossé entoure la ville, et trois grandes portes gardées en contrôlent les entrées. A l’intérieur, les rues sont en cercles concentriques, et au centre, une immense place un peu vide fait office de cœur de la cité… Original !
- Accès à vélo à Palmanova depuis Aquileia, 40km AR, plat ; itinéraire pas très bien fléché notamment au niveau de Strassoldooù il faut rejoindre la via Torat pour éviter une route trop passante.






Un petit tour à Udine, la capitale du Frioul…
Les visites s’enchainent, les levers matinaux aussi ! Cette fois, c’est de nouveau avec Evelyne et Gilbert que nous partons avec le bus de 7h50 pour Udine. Une heure plus tard, nous débarquons à la gare routière, et c’est à pied que nous gagnons le centre historique. Ici, c’est principalement le déclin d’Aquileia, à partir du XIIIe siècle, qui a profité à l’essor de la cité. Au fil des siècles et grâce à la position géographique centrale de la ville, le commerce s’y est développé, et de nombreux palais furent construits. Petite déception tout de même pour nous, le quartier ancien est tout petit, et de nombreuses façades sont obstruées par la préparation d’un évènement festif. Néanmoins, nous apprécions visiter la cathédrale, et un peu plus loin, il ne faut louper ni la Loggia del Lionello qui date de la fin du XVe siècle, ni la Piazza Giacomo Matteotti ! Nous enchainons avec visite du Musée d’Art moderne et contemporain, installé dans la belle Casa Cavazzi. Intéressant, mais vite parcouru… Après avoir déjeuné d’une piadina et d’une glace, nous retournons à la gare routière vers 14h. Sans nous avoir vraiment déçus, la découverte de cette ville pourtant vantée dans de nombreux guides – la Piazza della Libertà serait une des plus belles places d’Italie – ne nous a pas transcendés outre mesure !
- Accès en bus à Udine depuis Aquileia, ligne 400, arrêt sur la SR352 (route Grado / Cervignano del Friuli) non loin du camping. Plusieurs bus quotidiens, environ 1h de trajet. Arrivée à la gare routière d’Udine, puis à pied environ 20mn pour le centre historique. 4.75€ le billet aller simple, à acheter au Bar Sport di Moro, vers le camping ; possibilité de prendre un billet dans le bus, un peu plus cher, en cash.
- A voir à Udine : cathédrale, Loggia del Lionello, Piazza della Libertà (devant la Loggia, malheureusement très encombrée lors de notre passage), Piazza Giacomo Matteotti
- Musée d’Art moderne et contemporain, 10h-18h, fermé le lundi, 7€ / 3.50€ +65 ans









Gorizia, une ville avec vue sur la Slovénie !
Dernière visite de ce séjour – et non des moindres – Gorizia s’atteint facilement en bus depuis Aquileia puisque l’arrêt se trouve presque devant la porte du camping ! Toujours avec Evelyne et Gilbert, nous embarquons donc vers 9h pour un trajet d’une petite heure. Côté ciel, pas de chance, l’ambiance est à la grisaille… Arrivés à bon port, nous apprenons que les bus urbains sont perturbés en raison de la préparation d’un festival de la gastronomie. Pas grave, c’est donc à pied que nous rejoignons le château médiéval, haut perché, but de la visite du jour – une petite trotte de 2.5km, effectuée sous une petite pluie fine dans la partie finale. La découverte de cet édifice fortifié construit au XIe siècle se révèle passionnante et on en apprend beaucoup sur les comtes de Goritz qui règnent en maitres sur la région jusqu’en 1500. Passée cette date, le comté est intégré à l’Autriche des Habsbourg jusqu’en 1918 ; à la suite de la bataille de l’Isonzo pendant la Première Guerre mondiale, la partie Ouest de la ville se rallie à l’Italie, tandis que le côté Est revient au Royaume des Serbes, Croates et Slovènes – en 1947, cette partie sera rattachée à la république fédérative socialiste de Yougoslavie, puis plus tard à la Slovénie. Néanmoins, depuis le 21 décembre 2007, date de l’entrée entrée dans l’espace Schengen de la Slovénie, Nova Gorica la Slovène et Gorizia l’Italienne forment un tout, tout en appartenant à deux pays différents. Cette double identité culturelle se retrouve d’ailleurs dans la ville, empreinte d’architecture allemande, italienne et slovène, et dans sa population très mélangées… Après plus de deux heures passées à déambuler dans le château, nous rejoignons le centre, toujours sous la pluie. Nous déjeunons dans un café et on se régale de cicchetti – petites tartines largement garnies – arrosés d’un Spritz offert par Gilbert qui fête son anniversaire. Nous reprenons ensuite le chemin de la gare routière – et hop, de nouveau 2km à parcourir, heureusement, il ne pleut plus – en faisant un stop pour tester une kremšnita, pâtisserie typique slovène.
- Accès en bus à Gorizia depuis Aquileia, ligne G22, arrêt à 50m du camping. Quelques bus quotidiens, peu fréquents. Arrivée à la gare routière de Gorizia, puis à pied 2.5km pour le château, 70mD+ à la fin. 4.75€ le billet aller simple, à acheter au Bar Sport di Moro, vers le camping ; possibilité de prendre un billet dans le bus, un peu plus cher, en cash. Attention, au retour plusieurs bus affichent G22, bien se faire préciser s’il va à Aquileia.
- A voir à Gorizia : en raison de la pluie, nous nous sommes contentés de la cathédrale et du château (à ne pas louper, 10h-18h, fermé le lundi, 10€ / 4€ +65 ans)















Ainsi s’achèvent ces deux semaines de séjour à Aquiliea, une belle découverte, d’autant que nous avons fait beaucoup de sorties avec nos amis. Nous sommes maintenant à Trieste, principalement pour voir ma fille. Mais comme Evelyne et Gilbert nous ont suivis, nous leur avons fait découvrir la ville et ses environs, nous sommes même allés une journée à Ljubliana, en Slovénie. Comme nous avons déjà publié deux articles sur Trieste (Sous le charme de Trieste & Idées de sorties et belles balades autour de Trieste), il n’y aura pas de nouvelle publication sur cette destination, je me contenterai d’un post sur notre page Facebook un peu plus tard !